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Se suicider sans douleur: la pilule rouge ou la pilule bleue?

Mourir sans souffrir ou vivre sans souffrir?

Et si on avait le choix entre deux pilules, permettant de disparaître facilement ou de vivre facilement? Dans les deux cas, il n’y aurait plus de douleur.

«La souffrance est au cœur du suicide. Il est une réaction exclusivement humaine à la souffrance psychologique extrême, à la souffrance humaine.»

Edwin Sheindman[1]
Dans le film Matrix, le personnage Nemo se fait offrir une alternative entre la pilule qui lui rendra sa vie d’avant, et celle qui lui fera voir la réalité qui se cache sous les apparences. Imaginons maintenant que Nemo veuille en finir avec sa souffrance intérieure. On lui offre plutôt le choix entre une pilule qui tue et une pilule qui soulage. Laquelle choisirait-il?

Comment peut-on trouver de telles pilules? Laquelle doit-on choisir? Mourir sans souffrir ou vivre sans souffrir?

1- Choisir la pilule rouge: mourir tout de suite sans aucune douleur

C’est la pilule qui effacerait tout, sans aucun retour en arrière possible. La pilule qui ferait disparaître instantanément, sans douleur. On l’avale et on n’existe plus.

On mourrait tout de suite. On serait aussitôt désintégré, comme si sa vie n’avait été qu’une illusion, un rêve, où plutôt un cauchemar maintenant effacé.

Mieux encore, notre mort ne ferait de mal à personne car on ne se souviendrait pas de nous. Nous n’aurions jamais existé.

L’envie de mourir est d’abord une envie de ne plus ressentir une douleur intérieure. On parle de douleur mentale.

Selon la «théorie de la fuite», les gens n’auraient pas envie de se suicider s’ils pouvaient:

  1. être quelqu’un d’autre
  2. être ailleurs, ou
  3. ne plus être tourmentés

«Quand je pense au suicide, je souhaite devenir n’importe qui, n’importe quoi sauf moi-même. »

Jesse Bering [2]

La pilule rouge n’existe pas: aucun moyen de suicide fonctionne assurément, sans douleur et sans risque. Tous ont une chance de laisser handicapé, d’amener la souffrance. Tous les suicides sèment la désolation chez les survivants.

2- Choisir la pilule bleue: se sentir bien à nouveau

Imaginons maintenant le comprimé qui soulage de toute angoisse et apaise les douleurs.

On ne parle pas de pilule du bonheur, d’extase permanente, mais juste d’un sentiment de normalité. La vie redevient simple, supportable.

On parle d’envie de vivre.

Même si une telle pilule miracle n’existe pas (contactez-nous immédiatement si vous la trouvez!), il existe des médicaments et des éléments de solution qui peuvent amener beaucoup d’aide ou de soulagement.

Des médicaments miracles, ou presque?

Les antidépresseurs ou les stabilisateurs de l’humeur peuvent faire une différence vitale — c’est le cas de le dire — chez beaucoup de personnes. Ils peuvent soulager considérablement, aider à remettre les choses en perspective, à retrouver l’énergie qu’on croyait disparue. Tout peut alors redevenir beaucoup plus facile.

Si un médicament ne fonctionne pas (certains sont mal adaptés à celui qui le prend et peuvent mêmes s’avérer nuisible ou dangereux), d’autres méritent d’être envisagés, et il faut parfois faire quelques tentatives avant de trouver celui qui nous convient. Les bons médecins aident à trouver les bons médicaments.

De nombreuses personnes vivent sans le savoir avec une dépression ou un trouble de l’humeur non (ou mal) diagnostiqué, ou mal traité. C’est pourquoi la recherche et le recours à un bon professionnel s’avère cruciale.

Si vous êtes déprimé, avez-vous essayé tous les types de médicaments antidépresseurs? (Au dernier décompte, il y en avait 30). Même si quelques types d’antidépresseurs n’ont pas fonctionné pour vous, cela ne veut pas dire qu’aucun d’entre eux ne le fera.

Stacey Freedenthal[3]

Les somnifères peuvent également faire des miracles pour beaucoup de personnes, car le manque de sommeil affecte profondément l’humeur, puis la vision du monde.

«Parmi les personnes les plus à risque, se trouvent notamment les insomniaques chroniques. Incapables de trouver le sommeil malgré la fatigue, ils sont parfois submergés de pensées suicidaires au plus profond de la nuit. Une étude de 2014 avait ainsi montré qu’entre minuit et 6 heures du matin, le taux de suicide était 3,6 fois plus élevé.»[4]

Attention: certains médicaments ou certaines combinaisons de médicaments peuvent accroitre dans certains cas le risque suicidaire. C’est pourquoi on suggère de parler de ses idées noires à son médecin avant d’obtenir une prescription, ou de l’avertir rapidement si la situation se dégrade suite à un changement de médication.

Additionner plusieurs «solutions»?

Pour soulager les maux de l’âme, une multitude de moyens existent, certains médicamenteux, d’autres non: en parler, à des proches, des services d’aide ou des professionnels; dormir, se reposer, se permettre de décrocher quelques jours, quelques semaines ou même quelques mois comme dans une convalescence; entamer une psychothérapie; tenter de changer un peu sa situation de vie en attendant de se sentir mieux.

Chacun doit trouver la combinaison moyens qui permettent de tenir bon, le temps le mal s’apaise naturellement, car une période suicidaire dure en moyenne deux mois tandis que la crise suicidaire ne persiste généralement que quelques heures.

J’étais jeune (18 ans). J’ai profité de l’absence de mes parents pour consommer tous les médicaments qu’on avait à la maison, en mélangeant ça avec tout l’alcool que je pouvais trouver aussi. J’y pensais depuis un bout et ça devenait de plus en plus une obsession. J’en avais jamais parlé à personne. C’est mon frère qui m’a trouvé à moitié mort et on m’a emmené à l’hôpital. Je me souviens juste de douleurs et crampes horribles. Je me sentais coupable d’avoir causé autant de stress à tout le monde, surtout mon petit frère. J’ai été suivi après en psychiatrie pour un petit bout. Pour moi c’est comme une autre vie, j’arrive à peine à croire que c’est moi. Ma vie a complètement changé depuis.

William, entrepreneur

Préparer la crise suicidaire plutôt que préparer le suicide

Qu’est-ce que la crise suicidaire? Pourquoi faudrait-il se «préparer» à l’affronter.

J’ai peur de ce qui se passe en moi. Il y a un malaise incroyable. Je sens comme une boule infiniment lourde dans mon ventre. Parfois, mon envie de disparaître semble plus forte que moi, et j’ai peur de me suicider un jour malgré moi.

Daniel

La crise suicidaire a été documentée chez les morts par suicide, tout comme chez ceux qui ont survécu. Elle attaque principalement ceux qui ruminent des idées suicidaires. On pourrait la définir comme une violente tempête mentale qui survient sans prévenir, parfois juste après un événement pénible. Pendant cette crise, on a perdu toute liberté. C’est le moment où l’idée suicidaire prend toute la place et mène à la mort en l’espace de quelques heures, parfois même en quelques minutes.

Cette crise est donc extrêmement dangereuse. Il est cependant possible se protéger contre elle.

À lire:

Suis-je suicidaire?

Comment se protéger contre la crise suicidaire?

Notes

Notes
1 Edwin S. Scheindman, Le tempérament suicidaire. Risques, souffrances et thérapies, De Boeck & Belin, 1999, p. 125
2 «When suicidal, I’d happily swap places with anyone, or anything, as long as it isn’t me.». Bering, Jesse. Suicidal (p. 62). University of Chicago Press. (traduction libre).
3 Stacey Freedenthal, Are You Thinking of Killing Yourself
4 Insomniaques : les somnifères permettent de prévenir le suicide

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